Prologue

Prologue

Ce mémoire s’est écrit seul, jusqu’à sa cinquantième page, environ. Le soir, je tapais frénétiquement sur mon clavier jusqu’à tomber dessus ou ne plus voir l’écran. C’était simple. Je me racontais. Avec plaisir, avec passion. Puis, satisfait du travail, je le laissais en plan. Ou reposer. Ou je le relisais. C’est le coté magique de l’écriture, ce doute permanent sur ce qui est écrit, qui n’est pas dissociable de l’autre extrême, cette fascination narcissique pour ce qui est soi. Je réalisais mon stage, mon rapport de stage et je pensais l’accoler, générer la table des matières automatiquement et l’envoyer par mail aux correcteurs. Point barre… La difficulté que j’avais mais que je contournais de très loin pour éviter de la voir était la partie consacrée au D.U.F.A.[1] L’histoire de vie était écrite, le rapport de stage rédigé dans ses grandes lignes mais la deuxième partie était vide. J’imaginais de m’en passer. Nous avions une telle liberté dans la réalisation de ce travail. Mais je ne pouvais comprendre et encore moins faire comprendre que je consacrais cinquante pages à ma vie antérieure, puis dans le même mouvement, quelques phrases à une formation qui change mon métier et ma vie professionnelle pour l’autre moitié de ma vie. Ca n’allait pas. Ce n’était pas admissible. Alors, je me mis au travail. Au labeur. Je changeais de techniques. J’adoptais d’autres réflexes, par mimétisme, d’ailleurs, ne les ayant jamais appris. Je prenais des notes dans le livre. Et quand il n’y avait plus de place dans le livre, je notais sur une page à coté. Il fallait un bureau pour ça. Et souvent, une phrase de notes m’amenait à noter une réflexion et à la développer sur quelques lignes. Finalement, c’était trois pages qui ponctuaient le travail terminé. Dont 15 lignes à conserver. Le reste était sans valeur, comme la peau morte d’un animal qui grandissait et faisait sa mue.

Je rédigeais une bibliographie comme si j’avais lu les livres qui y figuraient du début à la fin dans l’ordre des pages. J’élaborais une problématique. Je ne connais rien de plus dur que d’élaborer une problématique. Je l’ai vécu comme étant la volonté d’écrire ce que l’on ne sait pas. Pour cela, il faut placer tous les mots autour, dont on pense qu’ils ont un rapport et examiner chacun à la loupe pour savoir si on le rejette, si on le conserve, puis déterminer sa place et son mode de placement. Puis, on lit un autre auteur et on regarde son travail comme un gamin qui vient de finir un château de sable magnifique. Il sait qu’il l’a construit, mesure le temps que ça lui a coûté. Mais il sait aussi qu’il a déjà pris la décision de tout chambouler. Pour reconstruire. Et chaque nouvel auteur impose de remettre à bas l’édifice. Ou presque. Ma question était de savoir comment j’ai réussi à savoir autant de choses en en apprenant si peu en apparence et en étant si mauvais à l’école. C’est ma question mais c’est celle de 10 à 15 000 personnes par an en France. Les quelques termes évidents qui se rapportent à la question sont autoformation, imaginaire, projet, critique. Et j’ai commencé. Trop tard. Trop tard pour ce D.U.F.A. Le travail est trop lourd, trop ambitieux. Il y a trop de livres à lire sérieusement, trop d’hypothèses à rejeter, trop de retour sur soi à formaliser. La principale matière dans les hypothèses sur l’auto-formation, c’est soi. Mais j’ai quand même mis ce que j’ai commencé. Ce travail, ça pourra servir. Je me connais. Je fais rarement quelque chose dont je n’espère pas me servir.

J’ai recentré mon propos. Parce que cette formation m’a beaucoup changé. Ecrire quelque chose comme ça appelle des explications si l’on veut être pris au sérieux. J’expliquerais comment mon existence fut bouleversée par cette formation, comment elle m’a permis d’écrire, comment elle m’a fait initier un travail sur l’autoformation que je n’ai pas de raison d’abandonner. Mais expliquer en plusieurs parties comment ce bouleversement a eu lieu est compliqué. C’est comme s’il fallait découper une tempête en plusieurs éléments, comme la foudre en premier, les nuages en second, la pluie en troisième et le vent en conclusion. Qu’est-ce qui est le plus important ? Mais comment ne pas procéder comme ça ? Après avoir vécu la tempête, décrit ce qui s’est passé, il faudra forcément parler de ses éléments sans les isoler. C’est bien une des difficultés majeures de cet exercice et le concept qu’ont certainement peaufiné les responsables et formateurs de cette formation si particulière. Chacun a le choix de son angle d’observation, de sa profondeur d’analyse, de sa largeur de vue, ces deux derniers étant souvent antinomiques. Cette multiplicité de points de vue est passionnante.

[1]              Diplôme Universitaire de Formateur d’Adulte. Dans ce mémoire, nous nous référerons exclusivement à celui de la formation permanente de l’Université de PARIS 8.

Ce contenu a été publié dans DUFA, avec comme mot(s)-clé(s) . Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *