Le journal instantané

On a toujours quelque chose d’intéressant à écrire. Ce qui donne une bonne histoire, c’est que l’auteur y croit et fait partager sa croyance.
    16h30
Les consignes sont données. Le public est dubitatif. Chaque participant réfléchit à ce qu’il peut y avoir d’intéressant à écrire autour de soi. Le crissement des stylos sur le papier se manifeste et chacun accélère l’écriture. Que va-t-il se passer dans une minute ?
    16h31
Deuxième minute. J’emploie la technique de Solal. Les dictionnaires me questionnent, m’interpellent, me rappellent qu’ils n’ont pas été ouvert de la séance. « Mais où es-tu ? » me crient-ils silencieusement.
    16h32
Le rythme s’accélère. Laurence observe ma montre puis se remet à écrire. « Une seule phrase » a-t-elle demandé. Eh bien, non !
    16h33
ça va de plus en plus vite. Je n’observe plus grand chose. Mes doigts se crispent sur mon critérium favori, pourtant habitué à la pression de mon poignet tordu par l’exercice.
    16h34
Le cinquième élément. Laurence ouvre sur cette piste cinématographique. Mais c’est le vrombissement d’un avion recouvrant les derniers bruits de la visite des pompiers qui m’intéressent.
    16h35
Solal m’observe, puis il observe Jacqueline. Son regard revient à ma feuille. La tension, extrême, se décharge dans une conversation soudaine ou un rire entre deux complices.
    16h36
Le harcèlement se poursuit. L’écriture sur le papier se fait illisible. Laurence cherche à rassurer les compétiteurs en indiquant que l’on peut se limiter à un mot, voire deux.
    16h37
Solal soupire. Il n’a plus le temps de finir l’idée de la minute précédente. Il reprend courageusement sur le suivant, puis abandonne en griffonnant.
    16h38
Je prends de l’avance et de l’aisance. Un enfant pleure dehors. La maman, attentive, le console.
    16h39
Vincent est toujours aussi concentré. Il est parti, sans doute très loin. Je prends le rythme, moins de panique. L’exercice prend un tour différent et imprévu. Cela devient un journal instantané qui prolonge le temps.
    16h40
Les changements sont moins perceptibles dans la salle. Beaucoup sont centrés sur leur écriture et observent moins mais mieux. Tout va s’arrêter brutalement.
    16h41
Sourire de Laurence. C’est un événement en soi.
    16h42
Eugène le vieux chêne n’a pas bougé depuis le moment où nous avons commencé ce journal instantané. Il est collé au mur sur l’immense feuille dessinée par les enfants.
    16h43
Je continue. Cette salle s’appelle la salle de la forêt magique. Au prochain élément, il sera trop tard pour le dire au lecteur.
    16h44
15ème élément (ou arrondissement). Que se passe-t-il dans cet endroit ? Ici, c’est la fin d’un exercice, la fin de l’atelier OULIPO de HOUILLES aussi, notre dernière réunion à la bibliothèque.
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